Dans le Jardin de Mattioli, 2026
(Travail en cours et page en construction)

Toile de 125×125 cm, acrylique et métal sur lin.
Seconde suite de peintures sur papier et sur toile inspirées des gravures sur bois illustrant Le Commentarii in sex libros Pedacii Dioscoridis (1565) de Pietro Andréa Matthioli (ou Pierandrea Mattioli).
Les Commentaires vénitiens de 1565 est la première édition à contenir – avec les petites gravures sur bois apparues pour la première fois en 1554 – plus de 600 illustrations presque pleine page créées par l’artiste italien Giorgio Liberale ( peintre 1527-1579) également actif à la cour impériale, et gravées par Wolfgang Meyerpeck (graveur 1505-1578) un important imprimeur et coupeur de bloc de Meissen.


« Tous les lecteurs de livres vivent dans les angles. »
JP Schneider
Les Livres sont-ils tous des Jardins ?
Je peins donc des xylographies, c’est-à-dire que je construis des peintures de gravures.
Dans l’atelier j’ouvre mon herbier. Je le respire. Il conserve la fraîcheur et l’élégance si particulière des créations qui ont reçu beaucoup d’attention. J’examine avec un immense bonheur une page, une parcelle de mon jardin… Sur la partie haute trône le titre et tout en bas comme un terreau fertile les couches du texte en latin nourrissent la plante au centre. Elle y pousse en pleine santé et danse avec grâce et légèreté. Quelquefois ses branches se nouent comme se croisent et semblent se tresser les bras d’une ballerine en mouvements. Les feuilles nervurées sont coiffées, brossées, peignées, arrangées avec soin. Celles qui se frôlent se vrillent, s’enroulent délicatement et se touchent à peine ce qui, inévitablement, les agitent d’un frisson esquissé par le trait flouté du graveur. Les fruits, lorsqu’il y en a, apportent à la structure de la plante une petite figure maintes fois répétée qui ponctue dans sa ritournelle graphique l’anarchie des tiges de petits îlots condensés. Parfois ce sont les fleurs finement dessinées dont le trait hachuré menu invente des teintes et des nuances aux noirs gras de l’imprimeur. Sur certaines des pages, l’encre du tirage de la face opposée qui a traversé très légèrement le papier, propose à l’observateur comme une ombre portée ajoutant à la plante une lueur vibrante.
Je l’admets mes endroits préférés sont les plus entortillés, les plus alambiqués, les plus enchevêtrés parce qu’ils ont permis au dessinateur de se surpasser, de trouver des solutions nouvelles pour évoquer la profondeur et le lointain c’est-à-dire l’intériorité de l’espèce. Cette intimité abyssale, le graveur s’en empare pour à son tour creuser le lit où coulera la sève des plantes, autrement dit sa vie.
Quant à moi je m’approprie les gestes de chacun. Je visite les lieux secrets. Je les ai tellement examinés que ces endroits cachés ne sont plus les marais qu’ils paraissaient au départ et deviennent, pour mes pas rassurés, des chemins accueillants et maintenant dégagés. Ils sont les parcours d’allers et retours de mes mains au travail, les sentiers de mes yeux qui anticipent le trait de pinceau à venir, la trajectoire de l’axe majeur qui sera la colonne vertébrale de la composition, le panorama dégagé qui découvre et révèle soudain les nuances et tonalités à inventer. Ils deviennent le berceau de mille parfums rares que la couleur doit nommer.
p h i l i p p e g u e s d o n , 2026
A/ Suite de peintures sur toiles de 40×40 cm :






B/ Peintures sur toiles de 80×80 cm :








C/ Peintures sur toiles de 100×100 cm :









