Apocalypse de Dürer 2014-2020

L’Apocalypse selon Saint Jean, 1498

Technique : Gravure sur bois de fil

Période : 15e siècle

L’Apocalypse (en allemand Die heimlich offenbarung iohannis, en latin Apocalypsis cum Figuris) est une suite de 15 xylographies de format folio exécutées par Albrecht Dürer entre 1496 et 1498, représentant diverses scènes du Livre de l’Apocalypse, dernier livre du Nouveau Testament.

L’œuvre de Dürer s’inscrit entre la fin du Moyen-Âge et l’émergence de la Renaissance en Allemagne.

En 1498, à l’âge de 27 ans, l’artiste allemand se lance dans une entreprise ambitieuse : illustrer l’Apocalypse selon Saint Jean, depuis la création des illustrations jusqu’à leur gravure, impression et publication. L’Apocalypse de Dürer est le premier ouvrage de l’histoire du livre à avoir été conçu et publié par un artiste sans soutien financier externe. Précurseur en son domaine, Albrecht Dürer marque avec ce chef d’oeuvre l’histoire du livre imprimé.

Pour la sélection des scènes, l’artiste se réfère aux modèles anciens : la Bible de Koberger (1483) et la Bible de Grüninger (1485).

Contrairement à la tradition du Moyen âge, Dürer n’essaie pas d’associer systématiquement texte et image ; il ne s’agit pas d’une simple représentation du texte mot pour mot, mais d’une interprétation du récit par l’image. C’est la première fois que la gravure d’illustration joue un rôle aussi prépondérant dans un livre, également en raison de sa dimension par rapport au texte.

Pour renouveler la composition et les motifs des gravures sur bois anciennes, il puise principalement son inspiration dans les œuvres italiennes, en se concentrant sur le travail du volume et de la profondeur spatiale. Le style médiéval, qui n’est pas naturaliste, ne permettait pas de faire une distinction claire entre un miracle et un phénomène naturel, tout semblant schématisé. Dürer, quant à lui, instaurera un contraste entre l’approche naturaliste du monde terrestre et le style non naturaliste de la vision.

Dürer a acquis une renommée mondiale de son vivant grâce à la nouveauté qu’il a introduite dans le domaine des arts graphiques. Il est l’un des pionniers de la gravure dite originale : une œuvre entièrement conçue et créée par l’artiste.

3 gravures de l’Apocalypse de A. Dürer

Albrecht Dürer et Philippe Guesdon tordent les lignes. Ils les courbent. Ils les tressent et les entrelacent…. Avec précision, avec méthode, avec élégance, Philippe Guesdon incrit les volutes, les ondes, les méandres, les sinuosités, les vides, les interstices, les intervalles, les fentes, les failles, les écarts. Parfois, il suggère les vagues, l’écume, les nuages, les frondaisons, les plis des étoffes, les visages, les anges, les dragons, un moiré, des éblouissements, les colonnes. Il tracedes réseaux impalpables ou énergiques, des labyrinthes discrets, des trales, des signes, des chiffres, des hiéroglyphes, des chemins qui ne mènent nulle part, des mirages, des zones denses ou clairsemées, des dispersions, des assemblages désarticulés.

Pendant une vingtaine d’années, Philippe Guesdon examine les estampes d’Albrecht Dürer; il étudie les recherches rudes et exquises de Dürer; il s’approche, de très près, des traits de ces gravures. Il calque et métamorphose les hachures et les trajets de Dürer. Il crée les détails choisis et désirés, les éclats de la peinture, des fragments chatoyants, des illuminations ambiguës, des paraphes. Philippe Guesdon griffe. Il signe. Instables, ces éclats picturaux de l’Apocalypse seraient des apparitions oscillantes, des tourbillons.

Gilbert Lascault

Extrait du texte ‘Les éclats picturaux, les détails choisis, les paraphes de Philippe Guesdon

catalogue Ressentis, peintures de gravures, 2015

Fragments d’Apocalypse de Philippe Guesdon:

Ensemble de 102 peintures (de 50×50 cm chacune) présentées en 15 groupes revisitant par fragments les 15 gravures de l’Apocalypse de A. Dürer :